Et pourtant non. Que le cycliste des villes se rassure, le cyclo des campagne doit aussi batailler pour préserver ses droits. Certes la pression y est moins intense qu'en ville. la, les pistes cyclables se nomment chemins vicinaux, ou chemins de remembrement, les voitures ne s'y risquent pas, et c'est tout bénéfice pour les promeneurs, randonneurs et cyclistes quotidiens. Mais aussi pour les agriculteurs.
L'histoire se déroule à Jurbise, une commune rurale Belge de la province de Hainaut. Didier est un cycliste quotidien. Presque tous les jours, dès potron minet il enfourche son VTT et à la lueur de la frontale traverse la campagne sur quelques kilomètres pour rejoindre la gare ou un train l'emmène jusque Bruxelles. De route de campagne en chemin Vicinal il en arrive à rouler sur la voie Nisole. La voie Nisole, c'est un antique chemin Vicinal. En partie goudronné il se faufile entre les parcelles agricoles. Et c'est là que ça coince. Parce qu'un agriculteur, propriétaire de parcelles situées de pars et d'autre du chemin a un tout petit peu oublié la présence de celui-ci. Son tracteur et sa charrue en ayant vu d'autres, la voie Nisole a été retournée comme le reste de ses deux parcelles. Après tout, c'est quand même bien pratique de pouvoir labourer le tout en une seule fois.

Mais Didier il n'en a cure. Il admet même cette attitude. Après le labourage annuel il refait sa trace et continue de rouler sur ce qui aurait du être une portion de la voie Nisole maintenant réduite à un sillon au travers du champ. L'affaire aurait pu en rester à ce compromis, et tout le monde y aurait trouvé son compte. Sauf que. Sauf que ça n'en est pas resté là.
C'est d'abord la surprise de tomber sur le champ labouré. Il faut dire que Didier rentre parfois fort tard chez lui, et que le trajet se négocie de nuit. Il frôle la chute et peste. Mais bon il fait avec. C'est la campagne. En une semaine de passage pédestre la trace est redessinée et redevient cyclable. Cela fait partie du compromis tacite, même si Didier trouverait normal que l'agriculteur retrace le sentier une fois le labour terminé. Ce serait si simple. Un passage ou deux avec les roues du tracteur suffirait comme cela se fait ailleurs.
La situation se dégrade lorsque Didier est victime de ce qu'il faut bien qualifier d'un piège. Ce qui lui vaut deux crevaisons. Des piquets ont étés plantés sur le passage du chemin dans le but évident de malmener les pneus des usagers, le bottines des randonneurs ou les sabots des chevaux. Parce que oui, Didier n'est pas le seul à faire usage de la voie Nisole. Les cavaliers du centre équestre voisin l'empruntent, et le club de VTT de la commune aussi.

Elle empire lorsqu'un jour il est attendu de pied ferme par le garde champêtre qui, vantant sa qualité d'assermenté, exhibe un extrait du plan cadastral montrant que les deux parcelles agricoles n'en font qu'une et qu'il n'y est nulle-part fait mention de la voie Nisole, qu'en vertu de ce document ce chemin vicinal n'existe pas ou du moins n'existe plus, et que par conséquent il est interdit de faire comme s'il existait encore. Bigre.
Ce que ce garde assermenté oublie un peu, c'est qu'un plan cadastral des parcelles n'a pas vertu de mentionner les voies publiques ou les servitudes. Et que du coup, si la voie Nisole n'apparait pas sur ce papier, c'est tout à fait normal. Pour cela il convient de consulter une autre référence. Et oh, surprise, sur le répertoire des voies publiques on trouve effectivement la voie Nisole dans sa totalité. Fichtre.

La situation se complique encore lorsque l'on sait qu'une loi datant de 1841 permet de prescrire un chemin s'il reste inutilisé 30 ans. L'agriculteur lui assure qu'il laboure ce champ et le chemin vicinal avec depuis 40 ans. Didier lui assure qu'il en fait usage depuis plus de 10 ans. Pour le cultivateur, l'affaire est claire. Il n'a jamais connu ce chemin et à toujours labouré la totalité de sa parcelle. La voie vicinale n'existe plus. Pour le cycliste il en va tout autrement. La voie vicinale est reprise au cadastre et est régulièrement utilisée. Il y a abus et il entend conserver le droit d'emprunter ce sentier. Puisque chacun campe sur ses positions, Didier fait appel à un médiateur et s'adresse à la bourgmestre de La commune de Jurbise. Celle-ci fait plus ou moins la sourde oreille et détourne l'attention en mentionnant des itinéraires de promenade en gestation. Ca ne fait évidemment pas l'affaire de Didier qui ne cherche pas à se promener mais à se rendre à la gare de Jurbise pour aller travailler.
Décidé à ne pas baisser les bras, Didier passe à l'échelon supérieur et s'adresse à la province du Hainaut. Le service Voyer lui répond avec enfin des informations encourageantes puisque l'inspecteur reconnait à la fois que le chemin vicinal n'est pas désaffecté et estime que l'agriculteur usurpe effectivement la voie Vicinale en la labourant. La province renvoit toutefois la décision à la commune qui est compétente pour trancher.
Didier reprend son bâton de pèlerin et s'en vient frapper à la porte du Gracq, une association qui s'inquiète des besoins des cyclistes quotidiens. Le Gracq réagis et recueille d'autres points de vue avisés favorables au maintient de la voie Nisole et interpelle le conseil communal de Jurbise. Sous la pression de ce lobbying, la commune cède et accepte de jouer son rôle de médiateur et d'examiner le problème sur le fond. Une réunion qui doit rassembler les protagonistes est prévue pour le 21 avril en prélude d'un prochain conseil communal qui prendra position.
Début de la voie Nisole côté sud

Début de la section en terre de la voie Nisole côté nord

Et au milieu, la voie Nisole labourée et semée

Et pourtant l'endroit est fréquenté

Intéressant non ?
Si comme moi vous vous sentez concerné par la préservation des voies vicinales, ne manquez pas de nourrir le débat à la suite de ce message et surtout de le faire savoir à madame Jacqueline Galant, bourgmestre de la commune de Jurbise qui sera très certainement heureuse de recueillir des avis en vue de la réunion du 21 avril, et de compléter son dossier afin de décider en pleine connaissance de cause lors du prochain conseil communal.
Vous trouverez l'adresse mel de madame Jacqueline Galand sur cette page du site officiel de la commune de Jurbise:
http://www.jurbise.be/code/page.asp?pg_id=02&tmp_id=admi&titre=Coll%E8ge%20Communal

